Avant de prendre le train de nuit à 23h pour rentrer sur Dehli, nous partageons un dernier repas avec les responsables du centre de formation. La pression de la persécution s’est fait sentir lors ces trois jours passés à Vadodara. On parle à voix basse dans le salon de l’hôtel. On hésite à nous inviter au centre de formation. Nous recevons l’interdiction de dire qui nous sommes à des personnes inconnues… Est-ce juste une psychose ? Je profite de ce dernier repas sur place pour demander aux responsables de brosser un bref tableau des pressions qu’ils vivent au quotidien.
Il y a 10 ans, me racontent-ils, dans les campagnes de l’Etat du Gujarat, 40 pasteurs ont été tués par des extrémistes hindous. Cet Etat est celui de l’Inde dans lequel les chrétiens sont le plus persécutés après l’Etat d’Orissa. Quelle que soit la dénomination chrétienne, les croyants n’on pas le droit de faire de plein air, de distribuer des tracts et d’appeler quiconque à la conversion. Les chrétiens ne peuvent que célébrer leur culte dans des lieux précis qui leur appartiennent. S’il y a une conversion, le pasteur responsable doit remplir un formulaire très détaillé sur les circonstances de cette conversion et donner des informations complètes sur les activités de l’Eglise. Une manière pour l’Etat dirigé en majorité par les membres d’un parti politique hindouiste de s’informer sur les communautés chrétiennes.
Il n’est pas rare que des pasteurs se fassent « embarquer » par la police en plein culte, s’il y a soupçon qu’une personne s’est convertie. La police interroge les personnes présentes qui généralement affirment que leur vie a été changée par Jésus-Christ. Ce qui ne donne guère le droit à la police de garder le pasteur plus de 24 heures.
Si les partisans de ce parti politique hindouiste attaquent une communauté chrétienne, la police les laisse « bastonner » les chrétiens avant d’intervenir en dernier ressort pour remettre de l’ordre au nom de la liberté religieuse.
En fait, les chrétiens ont peur qu’un événement malheureux puisse entraîner une persécution majeure contre eux, une persécution de l’ampleur de celle d’Orissa. Les chrétiens restent sages dans leur stratégie mais, pour rien au monde, ils ne renieraient leur foi en Jésus-Christ. Nous repartons sur Dehli la populeuse, laissant dernière nous ces frères et sœurs qui sont pour nous un exemple de consécration.
Marc Gallay

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